Le nouveau groupe Cactus Polychromes sort son premier morceau.
J’ai rencontré les Cactus Polychromes à la suite d’un concert au Supersonic cette année. Ma première réaction ? La surprise. J’ai été bluffée par l’aisance et la symbiose de ce groupe, pourtant débutant. Dans les loges de la salle parisienne, Orphée, Lucas, et Apollinaire m’ont parlé de leur premier single, de leurs influences, et de leur rapport à la scène.
Cactus Polychromes en coulisses au Supersonic, par Alessandra Berry
Vous avez débarqué sur les réseaux seulement depuis mars dernier. Comment vous est venu le projet des Cactus Polychromes ?
Orphée - On s’est rencontrés avec Lucas il y a 10 ans. Après la fin de mes études il y a 2 ans, on a vraiment ressenti l’envie de reformer le groupe qu’on avait au lycée sérieusement. On s’est remis à jouer de la guitare, à écrire des chansons, on a ressorti les vieux carnets. On a cherché des personnes motivées pour nous rejoindre, et c’est là qu’on a rencontré Apollinaire à la batterie, et Roméo à la basse.
Et ce nom, “Cactus Polychromes”, il vient d’où ?
Orphée - à l’origine, c’est une exposition que mon père avait faite, de tableaux photographiques de cactus polychromés. Tout ça, c’est lié à un reportage photo qu’il avait fait au Mexique dans les années 70. Du coup chez nous il y a plein de tableaux de cactus polychromes : des bleus, des rouges, des violets…
Lucas - On trouve le nom très catchy. Au début on avait plein d’inspirations western, tout ça…on aime bien le côté “cacté” !
Pendant votre perf au Supersonic, j’ai trouvé que vous sonniez un peu comme les Strokes. Quelles-sont vos influences ?
Lucas - Oui les Strokes, Arctic Monkeys… J’ai essayé pas mal de fois de m’en inspirer un maximum tout en y mettant un peu de moi. Ce sont des albums que j’ai saigné pendant des années…
Orphée - … Notamment le dernier des Strokes pendant le Covid, The New Abnormal. Avec Lucas je me suis aussi beaucoup retrouvé dans The Last Shadow Puppets au moment de notre rencontre, et toujours maintenant d’ailleurs. Après on aime aussi Tame Impala, pour le côté plus psychédélique, Fontaines D.C…
Apollinaire - Moi au début j’étais dans un groupe de punk, et ça ne me plaisait pas. Je joue du jazz, j’ai une dizaine d’années de conservatoire de jazz derrière moi. En tant que batteur, j’essaye de mélanger la violence du rock et le subtil du jazz. Je pense que le rock a besoin d’une subtilité; c’est quand tu sais parfaitement ce que tu fais que tu peux lâcher prise et improviser.
“On fait un peu le deuil de pouvoir améliorer, changer les choses. L'arrivée d’Apollinaire et Roméo a été importante dans notre processus créatif.”
Ça y est, vous avez sorti votre premier single, “Skull”…
Lucas - Oui ! Ce sont un peu les premières fois où on a travaillé tous ensemble sur un projet comme ça, et qu’on va jusqu’au bout. On s’est laissé la liberté de l'enregistrer à la D.I.Y, avec un ami ingé-son.
Orphée - On essaie de plus en plus de fixer des choses. Pour Lucas et moi, c’est une façon de lâcher prise et de se dire “maintenant c’est ce choix-là, et il est définitif”. On fait un peu le deuil de pouvoir améliorer, changer les choses. Et l’arrivée d’Apollinaire et Roméo a été importante dans notre processus créatif : parfois ça crie, ça pleure, et à la fin on est tous contents de ce qu’on a fait !
Lucas - Ils sont tombés à pic ! On n’aurait peut-être jamais sorti de projet tous les deux, tellement on a de morceaux qui tournent dans nos têtes depuis dix ans.
Apollinaire - J’adore ce qu’ils font, et je passe mon temps à leur dire, c’est ma came. Je les ai aidés à dire au revoir à ce morceau, à leur bébé : à un moment il faut couper le cordon, c’est des parents-poules avec leurs morceaux ! (rires)
Pour vous, c’est quoi un bon morceau justement ?
Lucas - Il n’y a pas de recette. ça dépend de qui écoute, ça peut parler à quelqu’un et pas du tout à d’autres.
Orphée - Il faut que ça nous plaise à nous avant tout.
Apollinaire - S’ils viennent avec un riff de guitare et que ça nous plait à tous, qu’on arrive à en faire une sorte de formule chimique viscérale, c’est bon. On ne se limite pas à un genre, donc si on veut ajouter un instrument qui est complètement différent, on le fera, parce que ça résonne en nous.
Une session studio avec les Cactus Polychromes, ça ressemble à quoi ?
Lucas - J’arrive en retard !
Orphée - C’est d’abord beaucoup de rigolade, je pense. Et puis après forcément il faut se mettre au travail !
Apollinaire - ça nous a permis de passer d’immenses journées ensemble, et d’apprendre à se connaître.
Orphée - Exactement. On parle beaucoup de nos influences sur le chemin du studio, ce qui nous permet de savoir ce qu’on veut faire dès qu’on arrive.
Lucas - Maintenant qu’on a commencé à faire quelques scènes, on y va moins. ça fait longtemps qu’on a pas fait l’exercice de pure création, ça manque un peu.
“S’ils viennent avec un riff de guitare et que ça nous plait à tous, qu’on arrive à en faire une sorte de formule chimique viscérale, c’est bon. On ne se limite pas à un genre.”
Parlons de votre rapport à la scène. Comment vous l’appréhendez, est-ce qu’elle vous impressionne encore ? Ou au contraire, est-ce que vous sentez que vous pouvez pleinement vous exprimer ?
Lucas - Je pense qu’on peut tout faire. C’est la scène qui nous permet d’accéder à cette folie qu’on a chacun. Au fur et à mesure des concerts, je vois que chacun se concentre sur lui-même pour trouver quelque chose de viscéral, qui répond à notre musique.
Orphée - Jouer nos propres morceaux me fait beaucoup moins stresser qu’à une époque où je pouvais faire des reprises. On sait qu’on est ensemble, on croit en ce qu’on fait.
Apollinaire - On sait qu’il n’y a rien de nocif dans ce qui nous entoure, donc on peut se permettre de donner le meilleur. On est 4 personnes différentes, et il y a un moment où l’on ne fait plus qu’un : sur scène, avec un son.
Lucas - Je trouve qu’être sur scène m’a fait me rendre compte d’une certaine responsabilité, vis-à-vis du public. Mais ce n’est pas une responsabilité flippante, au contraire, on veut juste l'honorer.
Un conseil à donner aux artistes émergents ?
Lucas - Lâchez-vous ! C’est une espèce de bouffée d’oxygène dans ce monde où on ne se sent pas tout le temps à sa place partout.
Orphée - Prenez du plaisir, et restez fidèle à vos valeurs.
Propos recueillis par Juliette Fanget

